SÉQUENCES / PARTITIONS - PRIX AMMA 2021

KETTY JULIEN & LOIS SZYMCZAK


Malgré la crise sanitaire, les étudiantes de l’Association Master 2 Marché de l’Art ont décidé de procéder à la nomination du Prix AMMA Paris 1 Panthéon Sorbonne pour l’Art Contemporain. Parmi toutes les candidatures reçues, onze artistes ont spécialement retenu l’attention des étudiants de la promotion : Assoukrou Aké, Justine Germond, Tessa Gomez Orcel, Yunyi Guan, Victoire Inchauspé, Ketty Julien, Lucas Leclercq, Pauline Pilard, Mathieu Sauvat, Mirae Shin, Loïs Szymczak. Les médiums employés par ces artistes étudiants sont riches en propositions, à l’instar des sujets traités. Cependant, malgré les différences, il en ressort que tous ces jeunes artistes puisent leur inspiration dans des expériences personnelles, façonnant ainsi toute l’originalité et la puissance de leurs univers artistiques respec-tifs. Les 18 et 19 mai 2021, les artistes nominés ont pu être exposés au sein du prestigieux Bastille Design Center. Afin de départager les artistes, cinq jurés ont aimablement accepté de participer cette année à l’aventure. Le jury, présidé par l’artiste Agnès Thurnauer, était composé d’Emmanuelle Chan (alumni et spécialiste d’art moderne et contemporain asiatique chez Christie’s Hong Kong), de Salomé Partouche (artiste et co-fondatrice de l’Atelier de Paname et de la Biennale de Paname), de Luiza Vanelli Schmidt (alumni et art advisor indépendante), de Magda Danysz (galeriste). Les délibérations entre les jurées présentes ont été particulièrement intéressantes. Agnès Thurnauer a eu un mot très encourageant et touchant pour les artistes, afin de les motiver à continuer leur travail. Les projets pré-sentés étaient tous très poussés, et l’exposition a beaucoup plu au public présent sur place. Après de longues délibérations, les membres du jury ont choisi de remettre exceptionnellement le Prix à deux lauréats, Loïs Szymczak et Ketty Julien, qu’elles souhaitent particulièrement encourager dans leurs pratiques. Le prix du public a quant à lui été attribué à Tessa Gomez-Orcel, étudiante en double Master Art Plastiques et Études de genres à l’Ecole des Arts de la Sorbonne, pour ses photographies engagées de sa série La Lucha Libre.
 

Cette année, l’issue aura été plus que surprenante, puisque ce sont deux artistes qui ont été choisi.e.s pour gagner le Prix du jury et qui est exposé dans le cadre de la Sorbonne Artgallery. Ketty Julien, étudiante en Master d’Arts Plastiques à l’Ecole des Arts de la Sorbonne de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et son installation photographique Souvenir Sourd, a su émouvoir le jury, tout spécialement les jurées présentes qui ont souhaité donner un coup de pouce à une artiste prometteuse. Loïs Szymczak, étudiant aux Beaux Arts de Paris, s’est distingué pour son travail issu de la série Trouver ma place, qui a plu à l’unanimité aux membres du jury.
 

Pour la cinquième édition du prix AMMA Paris 1 PAnthéon-Sorbonne pour l’Art contemporain, nous découvrons donc à nouveau de jeunes talents de l’art contemporain au cœur même du palais académique de la Sorbonne, avec cette année comme innovation la présence du bâtiment de l’Antenne (sanctifiée en décembre 2020 par ORLAN), devenue la base opérationnelle de Sorbonne Artgallery, la galerie d’art contemporain de la Sorbonne, et devant qui seront présentés les deux lauréats. Cette édition est particulièrement exemplaire car elle met en exergue le talent de deux jeunes artistes issus de deux hauts lieux de l’enseignement supérieur de l’art que sont l’ENSBA (Ministère de la Culture) et l’Ecole des Arts de la Sorbonne (Ministère de l’enseignement supérieur). Ce savant équilibre montre à quel point la richesse des propositions des jeunes générations d’artistes et de curateurs nous donne de l’espoir. Face à l’augmentation des taux d’entropie (aux niveaux physique, biologique, informationnel et psychosocial) dans l’ére de l’Anthropocène, l’ére suivante, le  Néguanthropocène, suppose de mettre en œuvre des modèles artistiques fondés sur la valorisation systémique de la production d’anti-entropie. Les œuvres qui émergent aujourd’hui accompagnent cet élan et leur permettent de prendre forme dans le réel.
 

Prix AMMA 2020 - Arianne Jouhaud - Rio Project, sous le parrainage de l’artiste ORLAN. 

Prix AMMA 2019 - Dayoung Jehong - Avatar, sous le parrainage de la galeriste Nathalie Seroussi.

Prix AMMA 2018 - Alessia Sanna - Screen City, sous le parrainage d’Antoine de Galbert.

Prix AMMA 2017 - Lenny Rébéré - Exhibit, sous le parrainage des galeristes Chantal Crousel et Thaddaeus Ropac.
 

Remerciements particuliers aux artistes, aux membres du jury, à Monique le Forestier, à Yann Toma, à Tristant Azzy, Arnaud Bertinet et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sans qui toute cette aventure n’aurait pu aboutir. Membres de l’association Héloïse De Baudus, Juliette Dessagne, Louise Nédélec, Aude Keruzore, Chloé Liu, Joséphine Dauphin, Léane Inès, Raphaëlle Bracq. Partenaires : Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Sorbonne Artgallery, Bastille Design Center, CPGA Comité professionnel des galeries d’art, Master 2 Pro-fessionnel marché de l’art (Paris 1), Institut Art&Droit, Le Quotidien de l’Art, Christie’s.

 


Ketty Julien
Séquence/0401 vers souvenir sourd


«Lorsque je travaille je crée des unités narratives qui font espace sous forme de séquences. Ce sont des suites ordonnées qui pré-sentent leurs profondeurs, et qui me permettent bien souvent de travailler sous les signes de l’absence, ou de teintes philo-sophiques. Il m’arrive aussi de travailler sous forme de plan, de page, des espaces plus courts. Ces séquences prennent corps lors d’installations, d’éditions, de vidéos, de mises en pages web, jeux ... & autres. Ou bien elles restent archives. Pour avoir matière à faire séquence/espace, j’enregistre quotidiennement toutes sortes de données à l’aide de différents médiums, photographie, vidéo, écrit, rêve, capture d’écran, peinture, dessin, découpe signe et instant d’espaces réels ou bien métaphoriques, qui forment un agglomérat de multiples images, métaphores, signes. Ils sont à ma perception des éléments organiques qui me permettent de spatialiser les séquences dans lesquelles je viendrais puiser lors de la création d’une séquence/espace."
 

Ketty Julien est une artiste de 23 ans, qui développe sa pratique artistique au sein du Master 2 d’Arts Plastiques de l’Ecole des Arts de la Sorbonne de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Photographie, vidéo, peinture, Ketty Julien propose une réinvention du médium par la superposition de tirages argentiques sur papiers calques, rendus visibles par la lumière qui les transcende. Si les photos sont les témoignages objectifs d’un instant fugace, l’installation de Ketty Julien parvient à les teinter de subjectivité et à recréer une atmosphère singulière éprouvée. Sa démarche artistique s’inscrit dans une intention de partage, l’interaction avec le spectateur faisant partie inté-grante de l’œuvre. Par son Souvenir sourd, nous sommes immergés dans un espace-temps autre, qui ne se réduit pas à ce qui est vi-sible mais témoigne également du ressenti de l’artiste. Le dialogue avec la lumière traversant participe à la pesanteur particulière de ces visions, faisant la délicatesse de cette installation personnelle et poétique.


Loïs Szymczak
Partition de Plongeon

 

La série Partition de Plongeon invite le spectateur à prendre la place du plongeur. Nous devinons au fil des cases de bande-dessinées, la logique de rapprochement progressif du bassin. Si le carré noir de la piscine se rapproche, il disparaît de temps à autre, selon la vision des figures en l’air du voltigeur. Ainsi, Loïs Szymczak nous convie de façon ludique à comprendre son sport, ses exigences. A l’instar de sa pratique sportive, les collages sont le résultat de gestes répétitifs et d’une forte rigueur esthétique. L’étourdissement que l’on peut éprouver face à cette myriade de cases se fait écho de l’angoisse éprouvée par l’athlète du haut de son plongeoir. Ces différentes séquences nous invitent à réfléchir à la logique de classement, inhérente à la compétition sportive, mais pourtant bien insuffisante pour trouver sa place et donner un sens à sa vie.

Loïs Szymczak a 28 ans, il est actuellement étudiant en quatrième année aux Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier Pascale Marthine Tayou. Les réflexions sur le sport de compétition, la futilité des concessions engrangées ou encore la logique binaire de l’échec et de la victoire sont au cœur de l’œuvre de Loïs Szymczak, dont l’entrée aux Beaux-Arts coïncide avec son arrêt de la pratique du plongeon acrobatique de haut niveau.