RIEN NE RESISTE AU SOLEIL 

Laure Tiberghien

Commissariat d’exposition : Olivier Schefer

14 MARS - 1 AVRIL 2022 -

 

28 - 31 MARS 2022 - Semaine du développement durable à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

PODCAST - Laure Tiberghien
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Rien ne résiste au soleil 

Il est précieux d’écouter un artiste qui parle de son travail surtout lorsque quelque chose lui échappe, fuit dans les marges, se resserre sur une mince frontière. La pratique de Laure Tiberghien hésite entre la maîtrise technique en laboratoire (pas de prises de vue directes chez elle) et l’attention au surgissement d’événements accidentels, ce qu’elle appelle des « fuites ». L’artiste inscrit sa pratique artistique dans l’histoire de la photographie sans appareil – les célestographies d’August Strindberg, les cyanotypes de la botaniste Anna Atkins –, elle est aussi proche du monochrome pictural et de certains peintres du Champ Coloré, on songe souvent ici aux toiles de Mark Rothko. Venue à la photographie par la pratique picturale, Laure Tiberghien œuvre dans l’obscurité de son studio pour révéler des horizons lumineux sur le papier sensible qu’elle manipule au moyen de morceaux de gélatines colorés.

C’est ainsi qu’elle observe un jour le liseré vert entourant certaines de ses productions. Comme le cadre imperceptible d’une toile de Sam Francis, ces minces lignes colorées – hasard de ses expérimentations – intriguent d’emblée son regard. Qu’y a-t-il ici à voir ? L’artiste baptise ce rai « rayon », en souvenir du rayon vert : la dernière lueur du soleil au moment de son coucher qui surgit lorsque certaines conditions atmosphériques sont favorables. Ce rayon vert qui fut d’abord décrit par des navigateurs a hanté la littérature, de Jules Verne à Blaise Cendrars, le cinéma et les arts plastiques. Il est aussi bien réel qu’imaginaire. Un green flash, disent les anglais, qui dure un quart de seconde. Sa réalité est quasi mythique, le rayon vert est une utopie vraie, un rêve de lumière que peu d’entre nous ont vraiment vu. 

Laure Tiberghien s’en saisit pour photographier une ligne imaginaire, celle d’un horizon irréel et continu qui se donne aussi bien à voir qu’à appréhender dans le parcours de la galerie de la Sorbonne. Comme si l’artiste nous disait qu’on ne peut percevoir d’horizon si on n’en fait pas physiquement l’épreuve, celle d’un paysage à parcourir et à éprouver. Le monde invisible se tient à la bordure du monde réel, de même que la ligne d’horizon s’éloigne à mesure qu’on s’en approche. 

Rien ne résiste au soleil : puissance de l’astre majeur au sein même de l’obscurité. Les photographies de Laure Tiberghien ouvrent dans le noir épais du papier la promesse d’un chemin inconnu. Sa ligne verte nous rappelle ces routes hypnotisantes qui défilent la nuit sous les phares d’une voiture et que nous percevons dans un état second, entre la veille et le rêve.  

Biographie  :

Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2016, Laure Tiberghien vit et travaille à Paris. En 2017, elle est invitée par Françoise Paviot et réalise sa première exposition personnelle, La Société Lumière, à l’Espace Van Gogh à Arles. En 2018 elle part en résidence dans le désert d’Agafay, à La Pause Residency. Cette même année elle sera invitée par l’artiste Eric Poitevin à exposer à l’ArTsenal, le centre d’art de la ville de Dreux avec six autres artistes. En février 2019 la galerie Lumière des Roses l’invite pour une exposition personnelle. Elle est co-lauréate du prix Découverte Louis Roederer des Rencontre d’Arles en juillet 2019. A la suite de quoi elle entre dans les collections des rencontres d’Arles puis dans celles du Musée français de la Photographie. En 2020 elle participe à l’exposition du Centre Photographique d’Ile de France et du FRAC Normandie, La photographie à l’épreuve de l’abstraction. Le Centre Pompidou a fait l’acquisition de trois de ces œuvres cette même année. Laure Tiberghien explore les limites du medium photographique en questionnant ses deux éléments fondamentaux, la lumière et le temps. Elle travaille également l’image en mouvement en corrélation avec l’image fixe. En utilisant ces éléments, elle crée des objets photographiques ou filmiques non reproductibles et donc uniques.

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