
LA PLACE DE LA RECHERCHE DANS LES ACTIVITÉS SOCIALES AU QUOTIDIEN
Matthieu Marchal
Conférence le 6 octobre 2026, de 18h à 20h
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Amphithéâtre OURY - Centre Sorbonne, 14 rue Cujas 75005 Paris

Hors sol
RENAUD AUGUSTE-DORMEUIL
Il n’existe pas de manifestation de rue sans slogans ni banderoles.
Afin d’exprimer leur point de vue et de se faire entendre par les habitants et par les médias présent sur leur parcours, les manifestants fabriquent des banderoles, distribuent des tracts ou encore scandent des slogans.
Les banderoles sont fabriquées pour être visibles de loin par les passants et par les manifestants eux même.
Pour organiser une manifestation en France, il faut préalablement déposer auprès de la Préfecture de Police une demande d’autorisation. Celle-ci donne ensuite son autorisation et impose un itinéraire précis. Ainsi à Paris, il existe trois ou quatre itinéraires "classique" pour l’ensemble des manifestations. Le plus connu-utilisé de ces itinéraires est l’axe Place de la République – Place de la Nation.
Pour des raisons de maintien de l’ordre, les itinéraires de ces manifestations ne passent jamais au pieds des fenêtres des "puissants de ce monde" ou de nos dirigeants.
Le projet de "Hors sol" propose de réaliser des pancartes de manifestation fixées sur des manches suffisamment grand (minimum 4m) afin qu’une fois mise en situation, elles soient immédiatement visibles depuis les étages élevés des immeubles de direction ou des ministères.
En se plaçant directement devant les fenêtres des bureaux surplombant les manifestations, ces pancartes auront pour nouvelle fonction d’obstruer la vue des "puissants", les forçant ainsi à la lecture des slogans.
Sur les pancartes figureront des slogans aussi multiples que variés...vrais ou inventés...comme autant d’invitations à rappeler de précèdent combats, utopies ou rêves future.
Ce projet peut-doit prendre la forme d’une performance durant un vernissage.
Pensionnaire de la villa Médicis de 2008 à 2009, Renaud Auguste-Dormeuil est lauréat du prix Le Meurice pour l'art contemporain 2009-2010. Il est représenté par la galerie In Situ (Romainville). Son travail artistique, qui prend la forme de photographies, de vidéos et d'installations, explore notamment les « nouvelles cartographies » et les thématiques liées aux enjeux sécuritaires. Entre ce que l’on sait et ce qu’on croit savoir, entre la mémoire et l’oubli, Renaud Auguste-Dormeuil s’intéresse aux technologies de la communication comme réflexion critique sur leur usage. À partir de la problématique de la destruction et de la fabrication des images, l’artiste explore différentes temporalités qui ont toutes à voir avec la question du point de vue : d’où voit-on les choses, et à quel moment ? Pour la Biennale, et sous la forme d’une performance, I Will Keep a Light Burning donne corps aux lignes du ciel de demain. Allumées au fil de la soirée, des bougies ont pu à peu apparaître comme une constellation du futur, en un immense cercle matérialisant l’invisible.

Looking for the Masters
CATHERINE BALET
Exposition du 5 novembre au 5 décembre 2026
Vernissage le 5 novembre à 18h30
Commissaire : Aline Pujo - PhotoDays
Interface le 4 novembre 18h-20h Amphithéâtre Descartes (Sorbonne).
Née en 1959, Catherine Balet vit entre Paris et la Dordogne. Diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, elle débute sa carrière comme peintre avant de se tourner vers la photographie au début des années 2000. Cette transition marque le point de départ d’une œuvre visuelle sensible, nourrie par une approche sociologique, picturale et expérimentale.
Sa première série, Identity, ancre son travail dans la réalité contemporaine à travers des portraits d’adolescents réalisés à la chambre. Avec Strangers in the light, elle introduit une dimension picturale à ses images, empruntant aux clairs-obscurs des maîtres anciens pour explorer l’impact du numérique sur la lumière. Entre 2013 et 2016, elle réalise Looking for the Masters in Ricardo’s Golden Shoes, une série qui interroge l’héritage des grands noms de la photographie, tout en questionnant l’avenir du médium. Elle y rejoue les œuvres emblématiques de l’histoire photographique avec une conscience aiguë des transformations technologiques et culturelles en cours. En 2017, la série Moods in a Room marque un retour assumé vers la peinture. Elle y expérimente les limites du médium photographique par des superpositions de couches et de textures, interrogeant la frontière entre photographie et peinture. Le jeu sur les transparences, la lumière et les matières renforce une approche introspective et sensorielle du temps et de l’espace. Depuis 2021, Catherine Balet poursuit cette recherche dans la série Endless, où elle explore les mutations de la nature au fil des saisons.




Encyclopéd人工智慧 : Reverse Archaeology of the Future Past
MAURICE BENNAYOUN
Encyclopéd人工智慧 (prononcer « Encyclopedilla », IA, en Chinois, 人工智,慧 se dit: "Sagesse Artificielle") est une œuvre conceptuelle qui utilise l’intelligence artificielle comme instrument d’une archéologie inversée : non plus reconstruire le passé à partir de ses traces, mais extraire des savoirs anciens les futurs qu’ils contenaient en puissance.
L’œuvre prend pour matrice L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Publiés entre 1751 et 1772, ses vingt-huit volumes, près de 74 000 articles et quelque 2 600 planches peuvent apparaître comme le lointain ancêtre analogique des grands modèles de langage LLMs. L’ouvrage réunissait moins « tout le savoir du monde » que ce qu’une époque pouvait dire d’elle-même et ce qu’elle pensait encore devoir taire. Son ambition critique participa à ce bulldozer cognitif qui finit par ébranler le trône du roi de droit divin.
Quelques décennies auparavant, sous Louis XIV et Kangxi, la connaissance circulait déjà entre la France et la Chine comme un capital de prestige : un fastueux potlatch d’instruments, de techniques, de mots et d’images, généreux en apparence, rarement désintéressé. Les sciences voyageaient avec les missionnaires, la foi avec les horloges, et la géopolitique n’était jamais très loin des étoiles.
Le dispositif confie aux IA le rôle d’archéologues du XXVIIe siècle, venues d’ailleurs, mais d’où, au juste ? Découvrant une Encyclopédie fragmentaire comme furent découverts les manuscrits de Qumran, elles n’essaient pas de restituer fidèlement le XVIIIe siècle. Elles y recherchent les XXIe siècles possibles qu’il portait sans encore pouvoir les nommer : une archéologie du futur passé.
Le corpus circule entre deux langues : le français et le chinois. Cette translation ne prétend pas supprimer les biais linguistiques et culturels, aucune traduction n’est assez innocente pour cela, mais les rendre productifs. Le chinois agit comme un opérateur de déviation conceptuelle, déplaçant les catégories héritées et faisant surgir des interprétations insoupçonnées. C’est ici que le protocole neuro-diverge.
L’IA ne demande plus aux documents ce qu’ils disent, mais ce qu’ils rendent possible. La fiction devient un instrument cognitif, une manière de penser et de designer le futur. La physique quantique n’intervient pas comme caution spectaculaire ; elle trouble nos conceptions trop stables de la matière, de la causalité et du temps, jusqu’à rendre incertaine la frontière entre le monde qui nous constitue et celui qui nous entoure.
L’artifice algorithmique pétrit alors l’archive comme une glaise primordiale. Il y esquisse aussi bien le dépassement de l’humanité que sa disparition. Dans Encyclopéd人工智慧, l'espace latent de la matière informée fusionne les futurs de l'anthropocène en une forme ludique et spéculative de sérendipité augmentée.




Maurice Benayoun est un artiste plasticien, curateur et théoricien français. Après avoir suivi un double cursus en Arts Plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et en Lettres Modernes à Paris 4 Sorbonne, il devient enseignant. Notamment d’art, vidéo de création et de nouveaux médias de 1984 à 2009 à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Parallèlement, il développe une pratique artistique en art numérique. Photographie, vidéo, installation, performance… son œuvre est protéiforme. Depuis une quarantaine d’année, il recourt aux outils les plus variés en devançant ou suivant leur apparition : image de synthèse, réalité virtuelle, robotique, Blockchain, intelligence artificielle, etc. Conjuguant toujours recherche et création, il expose dans plus de 30 pays. Docteur en Arts Plastiques et Sciences de l’Art en 2008, il devient maître de conférences à l’Université Paris 8 l’année suivante.
Maurice Benayoun est cofondateur et directeur artistique du CITU (Création Interactive Transdisciplinaire Universitaire) où il poursuit son activité de recherche, de création et de réflexion sur les médias émergents. En 2011, il fonde H2H Lab (Human to Human Lab), fédération de laboratoires et organisations dédiées à la recherche dans le champ des nouveaux médias et leurs implications esthétiques et sociales. En septembre 2012, il devient professeur et chercheur à la School of Creative Media de City University of Hong Kong où il enseigne pendant plus de dix ans et où il fonde le Neuro Design Lab. En 2024 il rejoint comme Distinguished Professor la School of Arts de l'Université de Nanjing (Chine) où il crée le AAAILab (Art And Architecture Lab) et le DIAL (Digital Intermedial Art Lab).