
FOTOPERFORMANCE POPULAR
ALEX OLIVEIRA
Commissariat de Paul Ardenne - Corps introuvable.
Inauguration de l’exposition de Alex Oliveira, choisi parmi 42 photographes brésiliens pré-sélectionnés par Héloïse Conesa dans le corpus de photographies du fonds brésilien de photographie contemporaine de la BNF, constitué par le mécénat de la société Métropole, sous son entité dédié à la culture - Initial LABO.
"C’est à la fin des années 2010 qu’Alex Oliveira, photographe brésilien né en 1988 à Feira de Santana, dans l'État de Bahia, met au point son projet nomade Photoperformance populaire, qui va connaître un vif succès. Sillonnant divers territoires de la région de Bahia, du Minas Gerais et du Piauí, il installe au fil de ses mouvements, sur les places publiques, sur les aires de marché, un studio photographique improvisé. C’est là réhabiliter l’ancienne pratique, en voie de disparition, des « fotógrafos lambe-lambe », ces portraitistes itinérants à qui l’on doit une archive photographique spontanée du petit peuple des villes et des campagnes brésiliennes. « Photoperformance populaire » ? Photographie en effet « populaire » que celle-ci, mais aussi « performative », pour en inférer par l’intitulé générique qu’Alex Oliveira donne à son entreprise. Le « performatif », pour l’occasion, s’explique par la méthode même à laquelle il recourt : laisser à la personne photographiée le soin de se mettre en scène, de paraître devant l’oculus photographique comme elle l’entend et selon son bon plaisir. Le soin laissé à chaque modèle, pour le dire autrement, de construire sa propre « figure », d’élaborer à sa guise une identité propre, singularisée, en jouant de l’apparence et de ses significations, réelles ou supposées." (...) "Le photographe comme « co-auteur », ainsi que se revendique Alex Oliveira ? Peut-être, mais alors avec cette limite qu’il nous revient d’admettre, quoi que ses portraits de gens du peuple nous disent et nous instruisent : ce n’est pas tant l’image réellement identitaire que nous montrent ces portraits, celle qui identifie pour de bon, qu’une image « autre » du corps orchestrée par le modèle même, sans velléité d’exprimer la vérité totale de la personne que représente et incarne ce modèle. Les images du corps, définitivement, ne sont pas le corps mais leur représentation, une avatarisation, une fuite peut-être au plus loin de la vérité identitaire. Photoperformance populaire, de cela, nous entretient aussi. D’une limite en somme, confite dans un jeu de réciprocités peut-être plus ambiguës qu’il n’y paraît entre le photographe et son modèle. Qui se joue de l’autre ? Les deux, quoi qu’ils en soient, donnent l’impression de passer un bon moment, un moment social, contre la solitude ou la dépersonnalisation. Qui s’en plaindra ?"
PAUL ARDENNE