
Soudain
Anne Deleporte
Exposition du 1 décembre 2025 au 16 janvier 2026
La modernité esthétique a souvent été associée au cadrage. Elle remplace la représentation des objets par la définition des espaces. L'œil moderne de Baudelaire, sensible au fugitif, capte le balancement d'un feston ou les nuages qui passent dans le ciel. Il pose une fenêtre sur la réalité pour découper un mouvement. Anne Deleporte regarde aussi les nuages, mais pour y deviner la foudre. Elle suit leurs éclairs et recueille leurs passages de lumière. Le phénomène lumineux, qu'il vienne du ciel ou de la révélation des couleurs, se trouve au cœur de son travail.
Papiers révélés
À New York, dans Queens où demeurent de vieilles rotatives, Anne Deleporte collecte papiers et journaux, émerveillée par les premières chutes qui précèdent l'apparition des caractères typographiques. Ce moment de coulée liquide sur le papier fait vibrer les couleurs et révèle des lumières et des lignes qui disparaissent ensuite dans les informations qui parviendront aux lecteurs. L'artiste conserve ce passage fugitif en emportant les premières épreuves, souvent des ratages, l'encre ne s'étant pas à proprement fixée en phrases. Toutes les couleurs sont présentes, disponibles comme une palette labile où l'aléatoire et l'accident, relégués dans les déchets du journal, deviennent des instants phénoménaux.
Avant les "nouvelles" du monde, des éclats ont circulé sur le papier qu'Anne Deleporte maintient dans ce statut de caché et de révélé : sans être encore visible, une écriture y est tapie sous forme d'éclairs. Le scriptible a disparu, ou du moins ces feuilles ont été encrées et chiffrées par un phénomène qui échappe à la lecture pour passer sous le régime d'un spectaculaire paradoxal : non pas la monstration de l'inscriptible, mais la présentation d'une intensité lumineuse qui hache, coupe et sillonne les feuilles juxtaposées. L'artiste en constitue le dépôt qu'elle expose par séquences d'espaces striés.
Éclairs et destins
Ces traits linéaires et colorés, Anne Deleporte les voit comme des éclairs fulgurants qui ont traversé la trame du papier. Ils se conjuguent, dans son œuvre artistique, aux objets qu'elle sculpte et qu'elle appelle des "pierres de foudre", une concrétion des éclairs en trois dimensions. Issues du tonnerre, ces pierres mythiques ont reçu de nombreuses interprétations depuis l'Antiquité, censées conjurer les mauvais sorts. Une telle fascination pour la foudre vient de ce qu'Anne Deleporte a survécu à ce coup du sort tombé sur elle et qui en a fait une "fulgurée". L'énergie fulminante, lorsque la foudre s'abat sur un corps, évide totalement la personne foudroyée et l'a laissée aphone pendant des mois. Elle lui a donné plus tard une culture de l'orage et une sorte de magnétisme qu'elle repère dans les passages de lumière. Sans céder au spiritisme, elle ne peut éviter de s'interroger sur ce rapt du ciel et se demander pourquoi elle a été choisie pour recevoir la foudre et en témoigner.
En exposant ses feuilles traversées de lignes, elle a transformé l'aléatoire en nécessité, comme un destin qui se décline depuis son corps électrique jusqu'aux papiers hachurés. Un œil distrait pourrait voir dans ses espaces de couleurs de beaux tableaux abstraits ; cependant, ils exposent plutôt des traînées de feu, des champs électromagnétiques, des lueurs scintillantes, rouges, bleues ou vertes, à la recherche effrénée d'un point de décharge. Leur anarchie renforce d'autant plus leur vitesse et leur urgence.
L'histoire de l'art témoigne de la fascination de certains artistes pour les éclairs. Georgia O'Keeffe les peignait ; Walter De Maria voulait les provoquer avec ses champs de paratonnerres au Nouveau Mexique. "Anne l'éclair" les porte en elle. Elle connaît trop bien le risque de les attirer pour s'en approcher, mais son corps et son esprit restent liés à leur présence. Elle repère leurs traces intenses et nous les fait voir après leur sortie des nuages. Les fulgurances d'Anne Deleporte viennent de sa parenté avec ce qui l'a traversée : elle sait regarder les intensités.
Foudre en douce
L'expérience et l'œil artiste offrent ce don de reconnaître une charge électrique pour la capter et en communiquer le souvenir, telle une étoile dont on voit la trace lumineuse longtemps après sa disparition. Sur les papiers dont elle expose les découpes à la Sorbonne Art Gallery, Anne Deleporte produit un effet de série pour ces traces qui semblent suivre des lignes, comme si des éclairs avaient fuité de feuille en feuille. Elle n'en reste pas à une image dont on reçoit passivement l'illumination, et préfère composer des rythmes qui génèrent de la pulsation et de la vitesse, tels des battements d'énergie.
Dans un lieu de style néo-classique, ces flashes instillent une fulgurance inattendue. Depuis son atelier du Queens, où elle a collecté ses papiers et ses encres, la passeuse d'éclairs exporte la foudre à Paris-Sorbonne, dans cet espace créé par Yann Toma, un artiste également connecté aux énergies lumineuses. On redoute les effets de courts-circuits dans les bâtiments de l'auguste université fréquentée par les juristes et les économistes. Constellant cette galerie qui a retrouvé son sens premier de passage, les œuvres d'Anne Deleporte, sans légendes, ont introduit la foudre en douce. Ses éclairs, propices à la charge et à la décharge des regards, donnent à éprouver les fulgurations du tonnerre à même une feuille de papier.
François Noudelmann

Giro nos
Acessos
Yan Carpenter
Exposition du 3 au 30 novembre 2025
Lauréat de la résidence SAM 2024, cette exposition est le premier solo show en France de Yan Carpenter. Né en 1994 à Rio de Janeiro, Yan Carpenter vit et travaille à Guadalupe, dans la zone nord de la ville. Photographe autodidacte, DJ, professeur d’histoire et ancien batteur, il développe une pratique photographique ancrée dans son quotidien, au cœur des favelas où il a grandi. Par son regard, il saisit des fragments de vie -gestes, visages, instants suspendus- qui traduisent la vitalité et la complexité d’un territoire souvent mal représenté.
Avec cette exposition à la Sorbonne, Photo Days poursuit son engagement en faveur de la scène émergente internationale, offrant à de jeunes artistes un espace de visibilité et de dialogue. Dans ce lieu de savoir et d’échange, les images de Yan Carpenter rencontrent un public curieux et en devenir, prolongeant la portée humaine et sociale de son travail.
Photodays
Créé en 2020, Photo Days propose de fédérer tous les lieux et événements relatifs à la photographie et la vidéo dans Paris en novembre, et regroupe les institutions, les galeries, les foires, une maison de vente, quelques lieux privés soigneusement choisis comme des ateliers d’artistes, des laboratoires ou des appartements de collectionneurs, afin de proposer aux visiteurs, professionnels ou amateurs, une immersion photographique totale au moment où Paris devient la capitale mondiale de la photo.
SAM Art Projects
Dès sa création en 2009, SAM Art Projects intégrait trois axes de soutien à la création dans son programme philanthropique : le Prix SAM (doté de 20.000 euros et remis chaque année à un artiste de la scène française présentant un projet à destination d’un pays étranger), les résidences SAM (qui ont permis d’accueillir et d’exposer en France plus de 20 artistes issus de 19 pays) et les cartes blanches. En relançant le programme de résidences en 2023 – suspendu en 2020 à cause du contexte sanitaire – Sandra Hegedüs, Fondatrice de SAM Art Projects, renforce son soutien engagé à la production et à la diffusion de l’art contemporain en encourageant les échanges artistiques entre le Nord et le Sud et entre l’Est et l’Ouest.





Kosmos
Hervé Saint-Hélier
Exposition du 8 au 30 octobre 2025
À l’heure de l’entrée au Panthéon de notre collègue le Professeur des Universités Robert Badinter, nous poursuivons notre programme de l’année et lui dédions notre nouvelle exposition.
Intitulée Kosmos et réalisée par l’artiste Hervé Saint-Hélier, cette exposition convoque des constellations de toutes formes.
Les tirages photographiques exposés à Sorbonne Artgallery, réalisés dans le secret de l’atelier de l’artiste, nous évoquent dans un premier temps Mallarmé et le potentiel évocateur qu’une image peut parfois accompagner lorsqu’elle parvient à nous rapprocher un tant soit peu de « la puissance du ciel étoilé ». Cette forme d’élévation rappelle non seulement certains travaux liés autant à la poétique de la matière céleste qu’à ce que vivent au quotidien les artistes et chercheurs qui tentent parfois de figurer l’infigurable, y compris les scientifiques qui naviguent dans le monde de l’imagerie jusqu’à acquérir la capacité de transformer une image de pensée en photographie (question également au cœur de certaines réflexions liées aujourd’hui à l’IA). Le travail de Saint-Hélier
nous évoque en contre-point des méthodes de recherche situées à la croisée de l’astronomie, de la chimie et de la biologie.
Il ouvre des perspectiveses sur ce que signifie être vivant ici, sur Terre. Un mariage subtil entre précision scientifique et narration photographique accompagne au quotidien le geste de l’artiste et captive notre imagination.
Les images de Saint-Hélier utilisent la puissance de la narration visuelle pour donner vie à nos propres découvertes et rendre un certain savoir onirique enfouis en nous immédiatement accessible, à l’image d’un voyage qui deviendrait aussi instructif qu’émotionnel. Se joue alors une alliance entre la logique et l’émotion, entre rigueur scientifique et imagerie poétique. Nous adoptons alors inconsciemment une forme de compréhension innovante du territoire, la même qui a consisté pour le géographe visionnaire Jean Gottmann le socle de travaux ayant contribué à façonner notre compréhension des paysages urbains. Bien plus qu’un simple cartographe de l’imaginaire du cosmos Saint-Hélier capture la complexité des imaginaires des villes à travers ses photographies. Il transcende les frontières en offrant une perspective unique sur l’urbanisme, une géographie multiscalaire et cosmique de nœuds et de réseaux, informée par la projection lumineuse et imaginaire des peuples qui la partagent en tant qu’habitat commun.
« Dans Kosmos, aucune géométrie. juste des étoiles. Mon travail est réalisé à base d’énergie électrique que je compose dans une gestuelle empirique et phénomènologique. Dans mon fort intérieur je travaille en relation directe avec la réalité des grandes métropoles du monde qui se manifestent mentalement depuis un espace figuré. Cette altérité m’échape et je ne perçois plus que des lumières et des lucioles qui cartographient une forme de vision de la Terre depuis l’espace que j’habite. La constellation telle que je la conçois est comme un retournement du réel où la densité lumineuse mise en mouvement me questionne autant qu’elle nous implique tous en livrant une part de l’humanité céleste.» H.S-H
Né en France en 1969, Hervé Saint-Hélier débute comme photojournaliste de presse jusqu’en 1989, date à laquelle il décide de se consacrer entièrement à l’art. Au fil de ses voyages à travers le monde, Saint-Hélier capture la beauté naturelle des détails et la singularité des voyageurs rencontrés. Sous son objectif, des scènes de la vie quotidienne se transforment en compositions abstraites et poétiques. Exposé dans de nombreuses collections européennes et américaines, Saint-Hélier poursuit son œuvre tout en vivant actuellement à Paris. Ses errances photographiques ont fait l’objet d’une exposition intitulée « Voyage » à la galerie Marlborough Graphics à New York en 2008. Abstraction, cosmos, ambiances urbaines, portraits, autant de sujets traités par Hervé Saint Hélier photographe français de renom, qui de voyages en voyages compose une œuvre riche. Hervé Saint-Hélier est représenté par la Marlborough Gallery à New York.





L'humilité
des corps célestes
Stéphanie Sagot
Commissariat de Paul Ardenne
Exposition du 15 septembre au 4 octobre 2025
Stéphanie Sagot – un art d’amour au service de la Terre et du cosmos
Stéphanie Sagot se définit comme « artiste, maîtresse de conférences en art, amoureuse de la terre et de l’océan, méditante et fille et petite-fille d’ostréiculteur.ices ». Ses œuvres élisent pour thème l’écologie et l’amour de la Terre sous un angle à la fois réaliste, didactique et émotionnel. Pour elle, l’environnement doit être approché de façon fusionnelle.
Le titre de cette exposition, « Humilité des corps célestes », dérive de l’étymologie du mot « humilité », en lien avec l’humus, la terre nourricière et fécondante. Quant à l’évocation des « corps célestes », celle-ci renvoie au grand tout, dont nous participons sur Terre, tous organismes compris, du plus humble au plus notoire. Stéphanie Sagot précise, lors d’une de ses expositions, ouverte à Stuttgart, au Künstlerhaus, « Voyage en Terres Amoureuses » (19 juillet - 30 novembre 2025) : « Depuis 2023, je développe l’œuvre archipélique Terres amoureuses, une cosmogonie concrète réengageant territoires et sentiments, terre et tendresse. Cette expression française du XIXe siècle désigne une terre ameublie et rendue féconde [et est] issue d’un ancien usage du mot "amour", qui définit une terre fertile. Elle disparaît des dictionnaires français en 1928 tandis que l’agriculture intensive se déploie et rappelle l’importance oubliée du précieux lien organique à la terre (…). À l’heure des ambitions spatiales, ces Terres amoureuses célèbrent la Terre et la vie. Elles nous invitent à ressentir le mystère du cosmos qui nous habite. »
Avoir soin du Tout et de l’Ici
Les œuvres plastiques de Stéphanie Sagot prennent diverses formes, avec cette récurrence cependant, de grands dessins chargés de multiples détails ayant valeur de planches pédagogiques – un travail qu’elle présente en cet automne 2025, à la Sorbonne Artgallery. Susciter, comme cette artiste y invite ici, à l’éveil au monde naturel, aux blessures que subit l’environnement, à l’univers paysager et paysan et aux violences enregistrées à leur encontre : cette modulation, poétique, est aussi ouvertement politique et concerned, « préoccupée » par le devenir du monde humain et non-humain à l’heure de la transition climatique.
La vocation de l’art de Stéphanie Sagot, en schématisant ? Mettre en exergue tant la nature même des paysages que la sensibilité que ceux-ci peuvent activer en nous, notoirement lorsqu’ils font l’objet de prédations ou de dégradations. L’expression artistique, dans cette logique, en appelle aux relations apaisées avec le vivant compris de manière élargie : le biotope terrestre, dont les humains, le minéral, le cosmique, en une perspective holistique, puisque tout dépend de tout. La visée de l’artiste, appuyée par des œuvres en rapport, incitatrices, dénonciatrices ou relevant de l’hommage, rejoint la préoccupation du care, du « soin » : rédimer le monde, en faire un espace mieux-vivable, y promouvoir la meilleure santé possible pour tous et pour tout, dans l’esprit du concept « One Health », une santé commune, partagée.
Se jouer des discours hypocrites et des faux-nez
Parallèlement à une dynamique carrière personnelle consacrée à valoriser l’ouverture à un monde meilleur et plus éthique, Stéphanie Sagot a créé en 2016, en collaboration avec Suzanne Husky, le Nouveau Ministère de l’Agriculture, sur un mode simulationniste et cette fois, plus caustique. « Nouveau Ministère de l’Agriculture » ? Cette institution, dans les faits, n’existe pas. Les artistes l’ont néanmoins fait vivre au travers d’un site web aux airs de portail numérique émanant de la République française et de créations signifiantes, d’esprit écologique, dans cette optique : inciter le visiteur du site à prendre à rebrousse-poil les propositions officielles quand elles sont hypocrites. Encore et dans la foutée, suggérer cette alternative, se méfier voire se défier du discours officiel et des propositions venues d’en haut, trop souvent mensongers. Parmi les créations du Nouveau Ministère de l’Agriculture, relevons notamment la série d’aquarelles Éléments de langage (depuis 2022), reproduction peinte de photographies consacrées à des figures importantes du monde politique global occupées de planter des arbres, en signe d’exemplarité, et posant devant les photographes – ces mêmes figures, Margaret Thatcher, Donald Trump, Nicolas Sarkozy ou encore Emmanuel Macron… dont l’action en faveur de l’écologie demeure contestable voire réputée inamicale.
Cet ouvrage venant contrer la propagande trouve son complément, sous une forme différente, avec L’Aventure du vivant : géoingénierie verte, création de Stéphanie Sagot en collaboration là encore avec Suzanne Husky, dans le cadre de leur Nouveau Ministère de l’agriculture.L’aventure du vivant : géoingénierie verte, une peau de vache aquarellée de 250 x 250 cm, se présente de manière singulière sous l’espèce d’une tenture amérindienne en peau de bovin suspendue à un portique de bois. Évocation non dissimulée de la culture autochtone que celle-là, et en filigrane, de sa sagesse écologique. Équivalent d’une planche pédagogique mais anachronique, comme décalée dans le temps, cette peau est ornée de multiples dessins qui renvoient à des pratiques actuelles ou étudiées par des centres de recherche américains de géo-ingénierie censées soutenir la lutte contre la pollution atmosphérique, la destruction des sols et l’appauvrissement environnemental. Stéphanie Sagot et Suzanne Husky, pour réaliser cette œuvre ont emprunté le titre « L’aventure du vivant » à un grand plan de formation pour les futurs agriculteurs mis en place par l’Etat, une agriculture robotisée et mécanisée aux airs de jeu vidéo…Les artistes y pointent toute la dimension hypocrite de ce programme en réalité extractiviste et signalé par des pratiques plus nocives que vertueuses pour l’environnement. Comme l’écrit Lauranne Germond (dans le catalogue de l’exposition L’eau et le diamant, présentée en 2023 au siège de la Société générale, à La Défense), cette œuvre « dresse un inventaire de ces géo-ingénieries, systèmes de manipulation du climat actuellement expérimentées dans le but de lutter contre le réchauffement climatique », ceci, alors même que « leur dangerosité est reconnue ».
Amor Mundi
On décèlera, dans l’œuvre à ce jour profuse et multidirectionnelle de Stéphanie Sagot, une création multiforme familière aussi des relations art-science, de la pensée mystique et des sciences naturelles – l’expression d’un humanisme non pas transcendantal mais immanent, actif à l’échelle du présent, du proche comme du lointain géographique et mental. Que comprendre ? L’art ainsi envisagé ne saurait être une pure abstraction, un flux vaporeux, une fuite au plus loin du monde actuel et de ses réalités et nécessités, environnementales au premier chef. Il lui faut tout au contraire se ramarrer à l’efficience concrète. Cet engagement sensible est indissociable d’un chantier motivé qu’animent en l’occurrence ces deux puissants moteurs, l’amour du vivant et le souci de sa meilleure préservation possible.
Où l’art sauve, à sa mesure.
Paul Ardenne





Angels
Ceiling
on my
Eleni Paridi
Commissariat de Sozita GOUDOUNA (Opening Gallery)
Exposition du 8 juillet au 31 août 2025
What are the odds of seeing angels on your ceiling?
Equal of seeing a landscape within a transparent and colourless stone.
Thus if an unseen landscape is revealed, what happens to the angels on your ceiling?
« Pour nous voir, nous avons besoin d’un miroir. Et lorsque nous regardons dans le miroir, que voyons-nous ?
Si l’extension projective de soi définit la relation entre perception et réalité — donnant une dimension personnelle à ce que nous considérons comme notre propre vérité et compréhension — alors nous refléter sur une surface générée par l’intuition des cristaux devient une incitation, une invitation à un voyage intérieur vers des zones inconnues de notre subconscient, révélant des mondes cachés et des murmures terrestres aux rêveurs audacieux d’une pluie
inattendue. » – E.P.
Le travail d’Eleni Paridi est une exploration expérimentale, visuelle et conceptuelle des minéraux cristallins. Sa pratique explore l’idée de mémoire inscrite dans la matière. Puisque les cristaux incarnent les premières strates de l’histoire de la Terre, observer leurs formes, textures, structures et intérieurs devient pour l’artiste un rituel. Elle aborde l’invisible avec les qualités de la transparence et la dynamique de la lumière colorée. Ce qui ne peut être vu n’implique pas son inexistence ; dans sa quête de l’insaisissable, elle choisit le quartz clair et d’autres pierres incolores et transparentes comme principaux sujets de sa photographie. Ses images évoquent un sentiment de mystère et invitent le spectateur à un dialogue intime avec le temps géologique et la transformation.
« En approfondissant notre regard au-delà de la surface, nous découvrons une autre image dont nous n’aurions peut-être jamais imaginé l’existence, élargissant ainsi notre perception de la réalité et notre compréhension. » – E.P.
Avec une formation en psychologie et en administration des affaires, Paridi a exercé en tant que graphiste, directrice artistique, productrice radio, journaliste et critique musicale. Son intérêt pour la nature humaine l’a conduite à explorer diverses approches de la psychothérapie — notamment le psychodrame, les constellations familiales et l’art-thérapie — ainsi que différentes pratiques énergétiques holistiques comme le Reiki, la lithothérapie, entre autres. Depuis 2017, l’univers des cristaux — avec sa mémoire gravée et sa nature interactive — est devenu le sujet central de son exploration photographique. Son travail a été exposé lors d’expositions personnelles et collectives à Syros, Athènes, Thessalonique, Mykonos, New York, Rome, Venise, et prochainement à Barcelone et Florence. Eleni vit et travaille entre Athènes et l’île de Syros, en Grèce.

home ?
De Babylone en Babylones, de Gulbenkian à Blade Runner
Where is
Arnaud Cohen
Commissariat Paul Ardenne
Exposition du 20 juin au 7 juillet 2025
Rencontre avec Arnaud Cohen et Paul Ardenne le 19 juin à 17h
Né en 1968, Arnaud Cohen est un artiste Franco-Portugais qui vit et travaille entre la France, l'Espagne et le Portugal. Présenté par Valérie Duponchelle comme l'une des dix personnalités qui réinventent la culture (Le Figaro, fév. 2015), il est membre de la Royal Society of Sculptors de Londres.
Arnaud Cohen se confronte dans son œuvre à ses deux principales obsessions, celle de la responsabilité individuelle dans l'édification de destins collectifs, et celle d'une mémoire entre effacement et recomposition permanente. Il a choisi d'interroger le présent et l'avenir avec des outils forgés dans la matérialité du passé. Il puise en effet son inspiration formelle dans l'architecture et en particulier dans la pratique du réemploi. Cette pratique est la seule à ses yeux qui soit satisfaisante d'un point de vue écologique. Sur le fond l'artiste se réfère tout autant aux situationnistes et à Édouard Glissant qu'aux allégories et à la mythologie. Sa pratique appropriationniste le porte vers des formes sociales et esthétiques aussi diverses qu'une fondation, une piste de danse ou un assemblage de vestiges historiques.




Origines mythifiées, altérité et rejet construits sur des critères invisibles, désir de fuite vers un havre idéalisé, le mouvement comme seul invariant d'une identité en reconstructionpermanente. Euphrate, Bosphore, Tage. Dans un monde fini, accepter en conscience, une conscience transgénérationnelle, de se baigner dans ce même fleuve qui n'est jamais lemême fleuve.
Where is Home? Cette série photographique tient ici en neuf photos. Leur ordre ne suit pas la narration et n'obéit à un critère ordonnancement esthétique de symétrie.
Ce que j'écris ci-dessous ne relève ni d'un statement ni d'une sorte de guide, ce sont juste des pistes vraies ou fausses livrées à la sagacité des regardeurs.
De gauche à droite dans l'exposition, on trouve les images suivantes, numérotées de 1 à 9:
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: "Ma" carte postale de Lisbonne, photo prise à l'occasion d'un de mes voyagestouristiques sur place. Découvertes il y a dix ans alors que le Portugal envisageait d'offrir la nationalité portugaise à "ses juifs" qui avaient fui l'inquisition à la fin du XVIe siècle, lesrives du Tage m'ont instantanément puissamment rappelé les rives du Bosphore sur lesquelles ma famille, fuyant l'Espagne puis le Portugal, s'était réfugiée et établie jusqu'au début des années 1920 (et la création de la Turquie sur le rejet de ses minorités et le génocide arménien).
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: Une vue du Tage prise de l'avion qui m'emmène au Portugal pour y émigrer.
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: Octobre 2016. Dans mon appartement parisien, délabré par plusieurs dégâts des eaux, au premier plan, sur la table basse, disposés en désordre, les différents éléments nécessaires à la constitution de mon dossier de naturalisation portugaise. Arbres généalogiques, photos d'identité, casier d'état civil français vierge, passeport français, etc. À l'arrière-plan au centre droit de l'image, on aperçoit le canapé blanc aux coussins bleus de mon œuvre conceptuelle ASFI, hub à l'esprit aéroportuaire où curateurs internationaux se croisent pour échanger et bâtir un réseau de soutien dans un monde où la liberté de monstration est en constante régression (œuvre migrante déployée aux biennales D'akart, du Caire, BIENALSUR de Buenos Aires et de Venise avec la Suisse, mais aussi à la Tate St Ives et présentée au Centre Pompidou dans le cadre de Museum on/off). Sur le mur du fond une photo de cette même pièce alors qu'y est projeté sur le mur du fond le film Blade Runner.Mise en abîme. Instant choisi du film : une réplicante, être humain créé adulte enlaboratoire par le génie scientifique et tycoon de la tech Eldon Tyrell. Esclave des "colonies de l'espace" comme tous les réplicants, elle s'est échappée avec quelques compagnons. Leur but en revenant sur Terre où ils ont été créés : rencontrer Tyrell afin qu'il prolonge, espèrent-ils, leur durée de vie programmée à quatre ans. Il ne leur reste sinon que quelques jours à vivre.
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: Octobre 2016. Dans mon appartement parisien, projeté sur le mur du fond de mon séjour, Blade Runner. Cette photo capture le moment du film où Pris, arrivée sur terre à Los Angeles, cherche à rentrer en contact avec JF Sebastian, le bras droit de Tyrell. Pour l'amadouer, se faire héberger par lui et l'utiliser pour rencontrer Tyrell. elle s'apprête à lui annoncer à la séquence suivante : "I have no home".
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: J'ai trouvé mon nouveau foyer. Pour rentrer dans mon budget, j'ai dû prendre un risque : acheter un bien muré sans en connaître ni l'état intérieur ni le contenu. Quand j'y pénètre enfin, armé d'un pied de biche et d'un gros tournevis, je découvre que le lieumuré était un squat où la prostitution et la prise de drogue avaient cours sur des matelas souillés dans des pièces au plafond éventré. Au sol une multitude de vestiges de cette précédente occupation, misérable. D'autres migrants infiniment plus à plaindre que moi avaient trouvé refuge, travail esclave et oubli d'un insoutenable présent, entre ces murs.
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: Octobre 2016. Toujours dans mon ancien appartement parisien, projeté sur le mur du fond de mon séjour, Blade Runner. Cette photo capture un autre moment du film : nous sommes chez JF Sebastian. JF est un homme jeune qui parait très vieux car il est atteint du syndrome de Mathusalem. Du fait de sa maladie il fait partie des rares jeunes hommes à ne pas avoir quitté la terre pour l'espace. Condamné à ne jamais pouvoir quitter LA, il vit seul dans un immeuble dont la dégradation, les vestiges néoclassiqueset la lumière font écho au mien si bien que les deux espaces semblent se confondre. "De mon côté, portant en moi des siècles de migrations, je me semble aussi vieux que Mathusalem dans le corps d'un homme jeune."
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: Octobre 2016. Toujours dans mon ancien appartement parisien, projeté sur le mur du fond de mon séjour, Blade Runner. Cette photo capture un autre moment du film : nous sommes chez Rick Deckard à Los Angeles. Dans son appartement il y a de nombreuses photos de famille qui constituent une forme de généalogie. Deckard est unchasseur de réplicants comme il y a eu en Europe des chasseurs de juifs pendant la période nazie. Sa mission est de les traquer et de les éliminer. Dans cette séquence, ilanalyse une photo-souvenir d'un répliquant qu'il pourchasse. Il y a donc, comme dans la photo numéro 3, pour le regardeur qui tente d'analyser l'image qui lui est offerte, une mise en abîme d'une photo d'une photo elle-même analysée par Deckard. À la fin du film, nous apprendrons, avec ce dernier, qu'il est en fait lui même un réplicant qui s'ignore. Pour mieux le manipuler, Tyrell a en effet implanté dans le cerveau de Deckard les souvenirs d'enfance d'un humain.
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: Depuis mon nouveau foyer lisboète, loin de la vue idéale de la carte postale de mes rêves, je peux néanmoins, d'une de mes fenêtres, à condition de me hisser sur la pointe des pieds, deviner plus qu'apercevoir, à travers le feuillage des arbres, le Tage et un petit fragment de l'autre rive.
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: Le quartier de Pera à Constantinople, vue du Bosphore (embarcadère de Tophana). Gravure de 1838, dessin de Thomas Allom, graveur J. Sands. Tirée du livre Constantinople and its Environs, par Robert Walsh. Par ses collines qui le bordent, par sa largeur, par sa lumière l'été, par ses bateaux bus qui vont d'une rive à l'autre, le Tage fait immanquablement penser au Bosphore à qui en vient. Ce fut pour moi autant un choc qu'une évidence car durant mon enfance et mon adolescence je me suis rendu plusieurs fois à Istanbul pour y rencontrer les cousins germains de mon père et leurs enfants. C'est à Lisbonne lors de mon premier voyage que j'ai découvert l'existence et le parcours de Calouste Gulbenkian. Milliardaire arménien de Constantinople, il fuit le génocide et se réfugie avec son immense fortune etses collections d'art exceptionnelles à Paris. Ma famille, considérant que le sort réservé aux Arméniens par les Turcs n'est que le hors d'œuvre, et que Grecs, Kurdes et Juifs seront les suivants à être exterminés, fait le même voyage. Lorsque que les nazis arrivent à Paris vingt ans plus tard, en 1940, si ma famille n'a pas les moyens de fuir, Gulbenkian lui se réfugie à Vichy puis à Lisbonne, en 1942. Immédiatement conquis par la similitude entre le paysage du Tage et celui du Bosphore, il s'y établit et y meurt en 1955. Il y lègue ce faisant ses immenses collections à une fondation qui porte aujourd'hui son nom.

HyperFard
Prix AMMA 2025
Lou Reina,
Exposition du 4 au 19 juin 2025
biographie
Née à Paris en 2000, d’un père espagnol et d’une mère française, Lou Reina vit et travaille à Paris. Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2024 de l’atelier Tatiana Trouvé, elle est passée par un échange universitaire de 6 mois à l’Università IUAV di Venezia (2022). Elle a pris part à plusieurs expositions collectives dont CRUSH (2023) et Autohistorias (2024) au Palais des Beaux-arts de Paris. Lauréate du Prix du Jury Paris 1 Sorbonne pour l’art contemporain 2025, c’est dans ce cadre là qu’à lieu son exposition personnelle à la Sorbonne ArtGallery. Sa pratique artistique explore l’intersection entre le dessin et la céramique dans des narrations identitaires et oniriques sans cesse renouvelées.
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Photo : Ix Dartayre
Cette série de masques initiée il y a presque deux ans accompagne l’artiste au quotidien et se mue au fil des références, images et explorations techniques qui la traverse. Il se dessine comme un personnage aux multiples facettes incarné par les masques comme si chacun portait en lui une histoire, voire la possibilité d’une performance. Pour l’exposition Hyperfard à la Sorbonne ArtGallery, chaque vitrine devient un théâtre miniature, investie par un masque de céramique aux traits exagérés et ambigus, qui semblent flotter dans l’espace comme suspendu entre deux états. L’intersection de l’espace scénique et de celui de l’exposition est le point de départ de cette proposition. Ces présences sculpturales, déployées dans des dimensions monumentales, s'imposent comme des figures figées en attente d’un rôle. L’installation se joue de la frontière entre l’objet sculptural et le décor, entre le dispositif théâtral et la vitrine muséale.
Les masques comme outils de transformation et d’auto-détermination permettent à celui ou celle qui les porte de transcender l’individualité et d’habiter un personnage hybride et théâtral. À la fois inspirés du burlesque, de codes exacerbés du drag avec sa capacité à jouer avec les identités, et à mélanger les genres mais aussi de théâtre plus ancien ; ces masques naviguent entre des temporalités différentes et peut-être donne la sensation d’une présence ambiguë capturée par l’émail.
Ces visages sont des surfaces de projection de multiples narrations au travers desquels se rejoue le pouvoir du fard — maquiller, dissimuler, performer. Le titre Hyperfard condense l’essence de cette recherche : le fard comme excès, comme surface politique et esthétique, comme geste de transformation radicale. Il évoque un maquillage poussé à l’extrême, au-delà du camouflage, jusqu’au manifeste. Le « hyper- » n’est pas seulement amplifié : il suggère une surcharge assumée, une fiction plus vraie que le réel.
Chez Lou Reina, la céramique et le dessin s’entrelacent dans une narration poétique où l’anachronisme se fait matière et récit. La mémoire des objets du quotidien, les traces qu’ils laissent dans nos imaginaires inconscients sont le point de départ d’un récit individuel voire fictif qui peu à peu devient collectif. Les sculptures évoquent des formes connues de tous et de toutes, et pourtant non utilisables. Il s’agit là de natures mortes, d’assemblage d’objets ou rien n’est laissé au hasard comme si chaque détail gardait l’empreinte d’un instant, d’une volonté inconnue. Sur l’ensemble des sculptures plane une figure spectrale, entre star déchue des années folles et double fictif sans jamais être représentée explicitement.
Il se crée comme un langage de rébus, un vocabulaire formel, issu de champ symbolique et baroque, mobilisé aussi bien dans les natures mortes que dans les dessins. Des objets intimes semblent figés sous des strates charbonneuses vitrifiées d’émail, des vêtements incrustés de breloques et accumulations de fragments perdus - pions de jeu, clefs, escarpin ou godet -, évoquent les témoignages d’une vie de bringue au cabaret.
La temporalité y est brouillée ; la matérialité même de la céramique lourde et statique invite à s’interroger sur sa signification et son origine, comme si elle provenait d'un monde parallèle ou d'un temps lointain. Ces céramiques portent en elles la trace d’un processus parfois accidenté. La brisure traverse l’œuvre, exposant sa nature fragile et faisant résonner un geste fondateur, celui du dessin, qui, du papier à la terre, se mue de l’esquisse au tatouage de la matière.

Exposition "ID"
Angelica Dass
Márcia Charnizon,
et Juliana Sicoli
Exposition du 10 avril au 31 mai 2025
Dans le cadre de la saison France Brésil, Sorbonne ArtGallery, en partenariat avec Initial LABO, présente trois femmes photographes brésiliennes, dont la vision de l’identité passe par le choix d’une palette chromatique comme levier subliminal de messages.
ID, pour "identité”, est une exposition de trois séries présentes à la collection “Un fonds photographique brésilien à la BnF” : Márcia Charnizon, Angelica Dass et Juliana Sicoli.
Dans l’histoire de la photographie, le combat pour imposer la couleur quand l’esthétique visuelle était majoritairement dominée par le noir et blanc est, d’une certaine façon, lié aux revendications formulées pour accorder un rôle aux femmes dans la société. En témoigne, dès le début des années 1930, la série « Goddesses » de la photographe britannique Madame Yevonde (1893–1975) et son usage novateur de la couleur alors méprisée ou cantonnée à la publicité. Les trois artistes brésiliennes ici réunies ont en commun d’allier leurs choix chromatiques, oscillant entre douceur et violence, à la broderie, à la grille Pantone ou aux jeux de chasse aux mots. Dans leur approche féministe et plus largement humaniste, il importe moins de documenter que de faire image et leurs parti-pris créatifs contribuent à dénoncer les inégalités dans les rapports hommes/femmes mais également entre les diverses communautés noires, amazoniennes ou blanches qui composent le Brésil.
Ainsi, Juliana Sicoli, formée à la psychanalyse en parallèle de ses études en photographie, tisse dans sa série « Ainda Assim Falo » (Je parle encore) un récit unique qui entremêle images d’archives, peintures et interventions de découpe et de couture. Par le geste et le jeu chromatique, elle cherche à creuser la surface des apparences comme de l’image pour dévoiler des traumas plus profonds.
Pour son projet « Humanæ », initié en 2012 Angelica Dass répertorie sans distinction d’âge, de religion, de nationalité, de sexe ou de classe sociale, les portraits de 4 000 personnes dans 17 pays et 27 villes du monde, photographiées selon les normes classiques de la photographie anthropologique et du portrait légal (cadrage en buste, pose et éclairage frontaux). Elle établit ainsi une sorte de « palette humaine » mettant en valeur la diversité des carnations à la manière d’un nuancier Pantone mais valorisant aussi la continuité subtile de nos couleurs afin de créer plus d’égalité que de différence.
Quant à Márcia Charnizon, dans « Caça as palavras » (La chasse aux mots), elle cherche à mettre au jour la violence des paroles prononcées à l’encontre des femmes. Elle réunit ici des femmes de plus de 50 ans, protagonistes de leurs propres histoires, qui, dans un éclairage rouge semblable à la lumière inactinique d’un laboratoire argentique, montrent les marques que les mots stigmatisants ont laissé sur leurs corps nus.
Chez ces trois artistes, la remise en question des représentations normatives que permettent la couleur et l’hybridation de la photographie avec d’autres médiums encourage de nouvelles façons de s'engager pour une reconnaissance de l’être humain dans sa diversité.
Héloise Conesa, Conservatrice du patrimoine, chargée de la collection de photographie contemporaine au département des Estampes et de la Photographie de la BnF.

If not now, when ?
Kate Daudy
Commissariat de Flavia Nespattidu
Exposition du 1er au 28 mars 2025
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Biographie
Kate Daudy est une artiste conceptuelle connue pour ses interventions publiques, ses sculptures à grande échelle et son expérimentation du langage. Elle collabore depuis longtemps avec des scientifiques et des penseurs dans de nombreux médias. Bien que dérangeant, son travail aux multiples facettes reste empreint d'optimisme. Les circonstances actuelles du monde peuvent sembler désastreuses, mais Daudy souligne que l'avenir est entre nos mains. Son travail fera l'objet d'une rétrospective à Sorbonne ArtGallery qui ouvrira ses portes le 28 février 2025. Daudy donnera une série de conférences "Amor Mundi" pour accompagner l'exposition : "Interventions As a Medium : Written interventions and Impermanent installations 2018-2024", "Advocacy, the environment and sustainability : Experiments with new technology and new materials", "Art + Science : Illustrating, advancing and exploring scientific ideas through artistic practice".
Conférences, Lectures
« Interventions as a Medium » retrace les origines du travail de Daudy, qui utilise les mots comme un sanctuaire en les cousant et en les écrivant tout autour d'elle, en passant par l'ancienne pratique chinoise de l'écriture sur des objets qu'elle a apprise, jusqu'à ses interventions dans les espaces publics. Les projets novateurs de Daudy à l'échelle de la ville et son intérêt pour le symbolisme et le pouvoir actif de l'art trouvent leur origine dans les anciennes peintures rupestres et les pratiques rituelles. L'œuvre de Daudy intitulée « Am I My Brother's Keeper » (Suis-je le gardien de mon frère ?) est recouverte et remplie de mots et placée non seulement dans des musées et des espaces publics, mais aussi sur des places publiques, dans un supermarché, dans un théâtre et même dans la cathédrale Saint-Paul de Londres. L'œuvre a finalement été inscrite au programme national d'enseignement en Espagne. La conférence montre comment la longue tradition humaine de l'art public a la capacité de transmettre des idées et d'imprégner un espace d'un récit, dans le cas de Daudy, un récit de communauté, d'autonomisation et de résilience.
"Interventions as a Medium" traces the origins of Daudy’s work in using words as a sanctuary by sewing them and writing them all around her, through the ancient Chinese practice of writing on objects she learned, to her interventions in public spaces. Daudy’s innovative city-wide projects and interest in the symbolism and active power of art is rooted in ancient cave paintings and ritual practice. Daudy’s work “Am I My Brother’s Keeper?” is covered and filled with words and placed not just in museums and public spaces but also in town squares, a supermarket, a theatre and even Saint Paul’s Cathedral in London. The work was eventually placed on the national curriculum in Spain. The lecture shows how humankind’s long tradition of public art has the capacity to convey ideas and imbue a space with narrative, in Daudy’s case, a narrative of community, empowerment and resilience.
La conférence « Art + science » se penche sur les différentes œuvres créées par Daudy avec des scientifiques et des médecins. L'artiste collabore depuis longtemps avec le scientifique Kostya Novoselov, lauréat du prix Nobel, ce qui a donné lieu à une variété d'œuvres comprenant l'utilisation de nouveaux matériaux, la technologie numérique, des œuvres sonores et cinématographiques, des installations et des performances. Leur exploration du hasard et du chaos a donné lieu au livre Wonderchaos. Daudy a également travaillé avec l'hôpital Hammersmith de Londres sur un film pour son exposition Saatchi « It Wasn't That At All » et actuellement avec des biologistes recréant de l'encre à partir d'une ancienne recette égyptienne vieille de 7500 ans, ainsi qu'avec des ingénieurs du son de l'IRCAM à Paris sur l'enregistrement du miel avec des électrodes.
“Art and Science” looks at the various works created by Daudy with scientists and medical practitioners. The artist has a longstanding collaboration with Nobel Prize winning scientist Kostya Novoselov which has led to a variety of works including the use of new materials, digital technology, sound and film work, installations and performance pieces. Their exploration of randomness and chaos led to the book Wonderchaos. Daudy has also worked with Hammersmith Hospital in London on a film for her Saatchi exhibition “It Wasn’t That At All” and currently with biologists recreating ink from a 7500 year old ancient Egyptian recipe, as well as sound engineers at the IRCAM here in Paris on recording honey with electrodes.
«Promouvoir, environnement et durabilité : » se penche sur la réutilisation très consciencieuse et souvent laborieuse d'objets trouvés et de matériaux de tous les jours par Daudy pour en faire des œuvres d'art. L'artiste combine l'utilisation de nouvelles technologies et de nouveaux matériaux avec des matières naturelles telles qu'un arbre tombé ou du miel récolté dans les forêts de nuages de Bolivie. Son souci politique et son attention à la durabilité l'ont amenée à créer un ensemble d'œuvres pour une université du Koweït, entièrement envoyées sous forme de fichiers numériques. Elle a même imprimé en 3D une sculpture combinant du sable et de la résine, qu'elle a démontée à son départ. Son installation pour Glastonbury grandira lentement au fil des ans : ici, l'artiste a travaillé avec un groupe de femmes réfugiées pour créer une prairie de fleurs artisanales symbolisant les valeurs communautaires et environnementales du festival. Sa prochaine exposition au musée, « Telling The Bees », explore la relation de l'homme avec l'histoire et le monde naturel à travers le prisme du miel. Son travail favorise le dialogue entre les thèmes de l'écologie, de la communauté et du divin, invitant le spectateur à considérer les décisions quotidiennes dans un contexte plus large.
"Advocacy, the environment and sustainability" looks at Daudy’s highly conscientious and often labour-intensive repurposing of found objects and everyday materials into art work. The artist combines the use of new technologies and materials with natural materials like a fallen tree or honey gathered from the Cloud Forests of Bolivia. Her political care and attention to sustainability led her to create a body of work for a university in Kuwait entirely sent over in digital files. She even 3D printed sculpture combining sand with resin and disassembled the work upon her departure. Her installation for Glastonbury will slowly grow over the years: here the artist worked with a group of refugee women to create a meadow of handcrafted flowers symbolising the community and environmental values of the festival. Her upcoming museum show “Telling The Bees” explores man’s relationship with history and the natural world through the prism of honey. Her work fosters dialogue between themes of ecology, community, and the divine, inviting the viewer to consider everyday decisions in a broader context.

toujours premiers
Les arts sont
Hervé Fischer
En partenariat avec ArtsHebdoMédias
Exposition du 10 au 28 février 2025
L’exposition Les arts sont toujours premiers est le point d’orgue plastique d’une réflexion menée par Hervé Fischer depuis les années 1970. Pour l’artiste philosophe, l’homme du néolithique et l’homme actuel ne sont pas si différents. « Ils communiquent avec des images iconiques, des signes, des rituels, jadis rupestres, qui sont aujourd’hui numériques, mais qui célèbrent encore des mythes et cherchent toujours une réponse efficace face à l’énigme première du monde et de la vie. » Quand en 1971, débute sa pratique d’« hygiène de l’art », le propos est alors de contrer l’exacerbation des avant-gardes, qui indexait la valeur de l’art à sa capacité à être nouveau. La posture de Fischer est anti-avant-gardiste. Le choix des contre-empreintes de main, comme dans les peintures préhistoriques, appuie sa prise de position.
Aujourd’hui, il affirme que « Les arts sont toujours premiers, même futuristes, même avant-gardistes, même numériques, même dans le land art, l’art conceptuel, le bioart, l’art sociologique, etc. L’art renvoie au mythe de la création première, qu’il prétend incarner en créant une image du monde, en communiquant avec une vision du monde qui lui est supérieure et mystérieuse, en usant d’un langage symbolique. »Ainsi depuis plus de 50 ans, le postulat « Les arts sont toujours premiers » n’a eu de cesse d’évoluer et d’être précisé au fil du temps et de la pensée sociologique et philosophique de l’artiste. Repris en 2024 pour les 15 ans d’ArtsHebdoMédias, l’affirmation a fait l’objet d’un appel à réactions dans l’esprit des dispositifs participatifs de l’art sociologique et permis l’expression de personnalités aux diverses disciplines et sensibilités (voir Journée d’étude du 10 février 2025).
Pour terminer en beauté cette année anniversaire, Sorbonne Artgallery présente du 10 au 28 février 2025, une série de 9 toiles spécialement réalisées pour son espace. Montrer pour la première fois, elles sont accompagnées d’un commentaire de l’artiste.








